Chapitre 12 :

  • et moi, qu’est ce que je fais? Demanda t il, voyant que l’avancement de l’opération s’organisait très vite.
  • C’est vrai, ça, qu’est ce qu’il fait? Se moqua Zafran tout en sanglant ses armes dans son dos.

Ainsi équipé, sa tenue ajustée et renforcée de cuir par endroit prenait tout son sens. Zafran était un guerrier des pieds à la tête. Tout comme Charline.

  • Tu restes derrière nous, tu nous perds pas de vue et si ça tourne mal, tu cours! Ok? Précisa cette dernière.

Si seulement il avait le choix… Avec l’air de porter toute la misère du monde sur les épaules, Gadin suivit ses instructions et se plaça derrière les autres.
– fait gaffe, lui glissa Zafran mesquinement. Le dernier c’est le premier qui se fait bouffer les miches!
Et lui qui les trouvait sympathique, au début… Il s était bien trompé et s’en mordait les doigts. Quelle idée de vouloir passer par le pont aussi? Et de s’être séparé de Jine en premier lieu. Alors que ses compagnons de route s’avançaient à la rencontre de l’invasion verte, Gadin regrettait amèrement ses choix de parcours. Bien qu’insupportable, la fille du professeur avait le mérite de savoir ce qu’elle faisait et ne se serait sûrement pas enfoncée tête baissée dans une zone dotée de sa propre conscience destructrice.
Sur la route, quelques dizaine de mètres avant le pont, les ronces se tenaient là, dressée comme pour maintenir un siège et de plus grosses structures, de jeunes chênes et pins, les supportaient de l’arrière. Malgré le vent, pas une seule feuille ne bougeait, conférant à l’ensemble autant de force qu’à un immeuble de belle taille.
Les humains restèrent quelques minutes à contempler la structure végétale, aussi impressionné qu’effrayé. Pour Gadin du moins. Charline et Zafran discutaient plan d’attaque à mi-voix. La Noiraude se tenait quelques pas en arrière tout comme Gaston qui avait refusé d’avancer plus près. Le vagabond, seul, prêtait attention à leur comportement défiant et, penché sur la chèvre il lisait la moindre de ses réactions. Une oreille tournée vers la droite, la tête qui se dresse, le regard qui se porte au loin. A défaut d’un chien, il avait une chèvre de chasse et contrôlait, au loin, l’origine de ses gestes même les plus infimes.

La Noiraude se tourna brusquement vers la gauche, dos à l’océan. Elle s’agitait nerveusement, les fesses allant de droite et de gauche.
– Làaaa…. fit Gadin pour la calmer.
C’était peine perdue, Gaston se tourna lui aussi, mettant dans une situation difficile son équipage. Mise de travers, la carriole risquait de se renverser et de précipiter son contenu dans la nature, sans parler de blesser le cheval. Gondir et Charline se précipitèrent pour limiter les dégats.
Gadin, seul, resta tourné vers les terres, regard porté vers l’horizon à l’image de sa chèvre. A ses pieds, le sol descendait en une pente douce qui s’accentuait un peu plus loin pour plonger vers le bord de la rivière. Au loin, le cours d’eau semblait agité d’un étrange mouvement, grossir, rebondir et s’animer. 
– Un troupeau sauvage! Des… des sangliers, et des cerfs! Ils arrivent vers nous! Prévint Gadin. Là, dans la rivière!
Une ou deux personnes l’avaient entendu mais se révélaient incapables de réagir à son annonce, trop occupés à limiter les dégâts causés par Gaston et sa panique. Une fois le cheval détaché et piaffant en rond autour de Charline, on se permit un soupire de soulagement général. 
– bêeeeh! Fit la Noiraude pour rappeler que tout n’allait pas si bien.
– Troupeau! Traduisit Gadin.
– à vos armes! Renchérit Gondir. On fonce dans l’tas.
Hein? Pensa très fort Gadin. A voir sa tête, Gondir su ce qu’il se disait et lui donna une grande tape sur l’épaule. Encouragement ou condamnation? Gadin ne voyait pas la différence. L’homme proposait de s’opposer à des dizaines d’animaux sauvages, énormes et lancés à toute vitesse dans leur direction ce qui n’avait rien d’envisageable.

Quand le sol se mit à trembler sous ses pieds et l’air à vibrer au son des animaux en furie, ce genre de pensée s’évapora pour ne laisser que des traces résiduelles d’interrogation. Que faire? Mais fuir bien sûr! Sans la moindre stratégie ni coordination. Il s’enfuit comme le lui criait son instinct vers l’abri des arbres. Il fuit sans se soucier de la Noiraude mais se réjouissant de la voir galoper à ses côtés. Il fuit en sortant du chemin pour laisser passer un Gaston qui dans sa charge furieuse perdait son air placide en faveur d’une puissance inarrêtable.
– dans les arbres! Montez dans les arbres!
Tout juste conscient d’aller vers le danger et de ne pas être seul, Gadin sauta par dessus un taillis de ronce et plongea au cœur des fougères, plus accueillantes mais moins protectrices.

  • Par là! En hauteur! Mettez-vous en hauteur!

Zafran et Maki s’acquittèrent promptement de cet ordre, s’accrochant aux branches les plus basses pour accéder aux suivantes en un enchaînement habile de mouvements qui parurent bien trop acrobatiques pour être réalisables aux yeux de Gadin. Il n’y avait pas d’arbres dans sa lande natale. Jamais il ne lui serait venu à l’idée d’en escalader un et encore moins dans une situation aussi critique que celle ci.
Il allait mourir.

Se retournant, il fit face à son destin et contempla la horde d’animaux approcher, lancée à toute vitesse. Les groins, les museaux et les cornes associées montaient et descendaient au rythme de leur course. Leur cible dictée par l’instinct de la meute, ils visaient le groupe sans doute possible.

  • monte! Ou tu vas te faire écraser!

Une main apparue non loin de lui dont l’intention était limpide. Il l’écarta, toute pensée rationnelle ayant décidée de le laisser se débrouiller tout seul. La Noiraude! Où était-elle passée?

  • la Noiraude!

A cette phrase, la horde approchant à moins de dix mètres, on ne lui laissa plus le choix. Deux mains apparurent qui l’attrapèrent et l’envoyèrent dans les hauteurs. Installé sur sa branche, il se trouva nez à nez avec la Noiraude en question.

  • tu es là! Se réjouit-il tout autant qu’il se réjouissait d’être en vie.
  • Et toi tu t’as moins d’instinct et t’es plus buté qu’une chèvre! Cria le vagabond à travers le tumulte des animaux courant dans le sous bois.

Trop loin pour atteindre sa cible, ça n’empêcha pas Gondir de lui jeter un bout de bois assez sympa pour se trouver à portée de main.

  • Aie !
  • Tait toi, tu l’as mérité. La prochaine fois qu’on te dit de grimper, tu grimpes. Et pis c’est tout.

Très sincèrement, Gadin était d’accord avec lui. Il ne s’expliquait toujours pas ce qu’il lui avait pris. Il aurait bien étudié plus longtemps la question, mais il se trouvait sur une branche d’arbre et on ne pouvait pas dire qu’il se sentait à l’aise dans cette situation. Tout compte fait, à bien regarder au niveau du sol ce qu’il se passait, il ne s’en tirait pas si mal. Il ne voyait que des animaux où qu’il regarde qui ne galopaient plus mais avançaient en rangs serrés. Il y avait un embouteillage sous leurs arbres.

  • Qu’est-ce qu’ils font ? Vont pas s’installer quand même.
  • Tu crois qu’ils savent qu’on est là ?
  • Patchouka ?

Mieux valait qu’on lui pose cette question à elle plutôt qu’à lui, se dit Gadin. Il n’aurait pas su quoi en faire. Elle, par contre, savait apparemment. Sans instructions supplémentaires, elle posa ses mains à plat sur la branche qui la supportait et ferma les yeux.

  • Tout le monde a de quoi se défendre ? Interrogea Gondir à mi-voix.

Maintenant que les animaux s’étaient arrêtés, on s’entendait beaucoup mieux. Seul le bruit de quelques brindilles cassées et de grognements variés devaient perturber l’ambiance forestière.

  • J’ai perdu ma machette pendant la course.
  • Tient, prend mon poignard, j’en ai deux.

Gadin eut la présence d’esprit de vérifier à sa ceinture s’il portait toujours sa machette mais resta silencieux. Dans la position où ils étaient, il doutait que ça fasse une grande différence.

L’air était lourd et pesant sous le couvert des arbres, ce qui suffisait à rentre l’atmosphère angoissante. Même chez lui, le vent trouvait toujours à s’engouffrer, créant un courant d’air vivifiant. Ici, il se sentait comme dans un cauchemar.

Une brise subtile passa qui suffit à lui remonter le moral. Il se déplaça un peu sur sa branche et adopta une position plus confortable. Tant qu’ils étaient là haut, ils étaient en sécurité et ils pourraient toujours passer d’un arbre à l’autre. La situation n’était pas perdue finalement.

  • Qui a fait ça ?
  • Fait quoi ?
  • T’as senti quelque chose ?

Patchouka se tenait les yeux toujours fermés et les sourcils froncés. Elle fit non de la tête mais pensait clairement oui.

  • Je ne sais pas, conclue-t-elle. C’est parti.
  • Qu’est-ce qu’elle cherche ? Demanda Gadin pour ne pas mourir idiot.
  • Le vent et ce qu’il lui transmet comme informations.
  • Des informations sur quoi ? Le temps qu’il va faire ?
  • Sur tout ce qui se trouve autour de nous, les obstacles qu’il rencontre, les particules qu’il charrie. Tout. Elle est bonne, tu vas voir.

Gadin fit une moue dubitative mais se garda de prononcer ses doutes à voix haute. Les animaux se trouvaient toujours au pied de l’arbre et semblaient attendre quelque chose. Il y en avait même certain qui s’étaient assis et tournés vers le cœur de la forêt.

Gadin se débrouillait pas mal quand on en venait à parler Météo, mais dans une forêt, il voyait mal comment la connaissance du vent et de son influence sur la temps pouvait les aider. Bien qu’il fut mal installé, Gadin se sentait suffisamment en sécurité pour fermer les yeux et se concentrer sur son environnement. L’air était en grande parti saturé d’eau, mais il en faudrait plus pour qu’il pleuve. Aucun mouvement autour de leur groupe, toutefois, il sentait qu’un rien pouvait perturber l’équilibre des lieux. Une simple brise, agitant les feuilles, et ce qui se cachait dans l’ombre de la forêt serait comme révélé. Il n’avait pas besoin de lumière mais bien de ses sens. Il n’aurait qu’à respirer profondément pour que le savoir afflue.

  • Là ! ça a recommencé !

Patchouka ouvrit grand les yeux et désigna Gadin d’un doigt qui ne laissait aucune place au doute.

  • J’ignore ce que c’est, mais ça approche, ça écrase tout.
  • Il ne faut pas rester là.

Tourné vers la forêt et essayant de voir à travers, Gondir réfléchissait furieusement.

  • J’ignore où on sera plus en sécurité, mais il est sûr qu’on n’attendra pas qu’un « ça » approche. J’aime pas trop les « ça ». Ils ont tendance à ressembler à n’importe quoi. D’la bave, des crocs et parfois même des griffes. J’vous épargnerais le pire mais c’est pas joli joli.
  • Le professeur.
  • Quoi ?
  • Le Professeur, répéta Gadin. Chez lui on sera plus en sécurité qu’ailleurs. Il est équipé comme vous.
  • Il a des explosifs ? Intervint Cilou avec espoir.
  • C’est leur plus jeune enfant qui les fabrique, précisa Gadin.
  • Quel âge ?

On ne rigolait pas avec sa vie dans le coin. On pouvait même dire qu’on négociait sec.

  • 8 ans.
  • On est parti, conclue Gondir.
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