Chapitre 16 :

  • Gadin, Gadin, réveille toi.
  • Hein ?
  • Réveille toi, on a besoin de toi. Allez, mec, plus vite ! Tu vas quand même pas mettre trois heure à émerger !
  • Je suis réveillé ! Qu’est-ce que tu veux ?

Zafran lui lança sa chemise et son pantalon.

  • Enfile ça, on doit partir.
  • Mais partir où ?!
  • A ton avis ? Patchouka accuse le coup, on a besoin de toi pour voir à sa place. Tu peux voir comme elle, pas vrai ? C’est c’que t’as dit, hein ? Le vent et tout ça.

Gadin prit le parti de ne plus répondre. Le plus il parlait le plus ça lui retombait dessus. Patchouka s’était proposée la veille au soir pour jouer les éclaireuse dans leur troupe de choc, mais Gadin n’avait pas même une seconde envisagé de les accompagner. C’était une mission suicide et dans son souvenir, qui différait peut-être de celui de Zafran, il ne s’en était pas caché.

  • Je n’ai aucune envie de vous accompagner. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, j’ai bien failli mourir hier !
  • Ouai, moi aussi, et alors ?
  • Joue pas au con, Zafran. J’suis pas un héros ni même un abruti comme toi. J’me rends compte du danger, ok ? Et j’ai pas envie de crever.
  • Tu sais que tu vas crever de toute façon ? T’as pas le profil du survivant non plu.

Gadin digéra cette triste réalité, le temps de décider de ce qu’il allait faire.

  • Qu’est-ce que tu fais ? Bondit Zafran en voyant le berger se recoucher. Eh merde ! Fallait que ça tombe sur moi ! J’t’aurais prévenu, alors vient pas te plaindre quand toute la famille va débarquer et te tirer par la peau du cul.

Qu’elle y vienne, Gadin savait quoi leur répondre. Qu’il était berger, qu’il savait filer et rien d’autre. Sentir le vent, affronter le danger, ça n’entrait pas dans la liste. Quand le professeur entra dans la chambre, il ne le laissa pas exposer son réquisitoire.

  • T’es levé ? Patchouka voudrait te voir. Il va falloir que tu montes, je le crains. Elle est très affaiblie.
  • Qu’est-ce qu’elle a ?
  • Un virus, je le crains.

Il n’en fallait pas plus pour que Gadin sorte du lit et monte les escaliers quatre à quatre.

  • ravi de voir que tu te portes mieux, lui lança le professeur de l’étage inférieur.

Avant même de voir Patchouka, le jeune homme su que Zafran avait gagné. Bien sur qu’il irait à leurs côtés, qu’il écouterait le vent pour eux, peu importait qu’il ne soit pas sûr d’y réussir.

Le sentiment d’obligation était bien l’un des pire qui soit. De son propre gré, Gadin s’était littéralement enchaîné à des fous furieux. Le professeur, Charlie et Zafran , qui d’autre ? Se précipitaient avec impatience vers le centre de la forêt. Le berger, lui, ne voyaiut pas l’urgence.

  • pourquoi se hâter vers notre m ort assurée ?
  • Qu’est-ce que tu as dit ?
  • J’ai parlé à voix haute ?
  • Tant que tu ne pleures pas.
  • Zafran !

Content de voir son agresseur remis à sa place, Gadin marcha à plus vive allure et se mit au niveau du professeur.

  • Vous savez où on va ? J’veux dire… Ce qui nous attend ?
  • J’aurais pensé que tu me le dirais.
  • Vous dire quoi ? Ce qui, ce que. Là bas ?

L’homme attendit qu’il finisse de bafouiller et hocha la tête.

  • Tu n’as rien à craindre à tenter l’expérience. Ce n’est pas comme si cette créature pouvait t’atteindre à cette distance.
  • Vous en êtes sûr ?
  • Cherche pas d’excuse et essaye, le reprit Charlie. Tout ce que tu verras pourra nous aider.

Gadin hocha la tête piteusement. Peut-être qu’ils avaient raison, peut-être pas.

  • Est-ce que je peux m’asseoir ?
  • Je t’en prie, l’invita le professeur.
  • Je ne suis pas sûr de comment m’y prendre.
  • Essaye, rappela Charlie.

Installé sur son rocher, Gadin ferma les yeux et inspira profondément. Pour la première fois, il était parfaitement clair de l’ampleur de ce qu’il entreprenait. Animer l’air qui se trouvait au plus profond de la forêt et lui imprimer un mouvement suffisamment endurant et épais pour entraîner ce qu’il fallait d’indices dans son sillage.

Mais pas de pression.

Il inspira encore, plus longtemps. Il fallait qu’il se détente, ça ne faisait aucun doute, ce qui posait moins de temps à comprendre qu’à mettre en œuvre. Détendre le bloc de roche sur lequel il était assis serait plus facile que de s’attaquer à ses épaules.

Il inspira encore et encore.

  • Tu dors ?
  • Je ne dors pas, je me détends.

Comme si ça faisait une différence, pensa Zafran suffisamment fort pour que tout le monde entende.

Imperturbable, Gadin reprit une respiration lente et rythmée. Des fibres d’air furent une puis deux puis plusieurs à répondre à son appel silencieux. Légères comme un moustique, elles fusèrent entre ses doigts, y déferlèrent et déposèrent leur message avant de disparaître. Tout bonnement.

Ça ne suffirait pas. L’air ne serait d’aucune aide pour le défi qu’il devait relever.

Je trouvais de la roche et de l’écorce et y posait les mains. Elles mes parlèrent doucement mais abondamment. Elles me montrèrent toute leur étendue, finie mais plus grande que tout ce qu’ils avaient imaginé. D’une activité quelconque ? Il n’en trouva nulle trace.

  • C’est trop grand, je ne le trouverai jamais.
  • Tu disais, hier, qu’il creusait. Tu pourrais chercher une sorte de puit. Non ?

Étonnamment, Zafran avait raison. Gadin identifia rapidement un site creusé et abandonné.

  • Par ici, désigna-t-il l’est.

Ce qui n’avait rien de surprenant.

  • Je n’ai rien vu.
  • Ça fait une heure que tu restes assis sur ton caillou et tu ne vois rien ?
  • Ça ne fait pas une heure… Et je n’ai pas rien vu ! J’ai vu qu’il n’y avait rien. Ce qui est totalement différent. Professeur ?
  • Il a raison, il va falloir nous en donner plus que ça pour nous convaincre que tu n’étais pas entrain de faire une sieste à nos dépends.
  • Bon, d’accord. J’ai vu le sol creusé, la roche rougie. Mais la créature n’était pas dans son nid.

Gadin avait la désagréable impression qu’on attendait plus de lui. Vraiment, il ne voyait pas.

  • Elle doit être ailleurs.
  • Merci pour ton aide, conclue Charlie.
  • Nous nous en contenterons, voilà tout.

Le professeur fit peser un regard lourd sur Zafran et Charline. Qu’ils marchent et se taisent. Gadin suivrait si ça le chantait.

Le cœur serré d’inquiétude, le berger sans chèvres trottinait à la suite des chasseurs. Un instant il avait cru pouvoir rentrer et puis il s’était rappelé qu’il était loin de la tour de guet. Rentrer seul n’était pas une bonne idée, alors il avait plongé un peu plus vers la danger. Au début, ça avait paru une bonne idée. Il n’en était plus si sûr.

Il faisait chaud, il faisait très chaud sous le couvert des arbres. L’allure du groupe s’en trouvait ralenti. Même Zafran soufflait et accusait le coup, arrêtant progressivement ses allers retours de tous côtés. De toute façon, ils n’avait pas croisé de bêtes ni de menace depuis le début de leur expédition et ils préféraient ne pas imaginer de raison pour que cela change.

  • Marche devant, Zafran, si tu veux bien. Je fatigue.

Le jeune homme se plaça comme demandé et brandit sa machette d’un seul geste. A son tour, il dégagea le passage sur leur chemin. Plein d’énergie, il les fit avancer deux fois plus vite. On ne voyait toujours pas de changement dans le paysage ni de trou à l’horizon. Le sol montait en légère pente, recouvert de racines et de roches apparentes.

Ils marchèrent des heures dans une montée dont on ne voyait pas le bout et qui coupait le souffle. Finalement, ils arrivèrent au sommet pour contempler plus de forêt à leur pied. Placés en hauteur, ils dominaient du haut d’un cirque de roche une cuvette remplie de verdure. En son centre, une clairière d’apparence sombre de là où Gadin et ses acolytes se trouvaient.

  • On descend ?
  • Pas l’choix.
  • Il est bientôt midi, patron. Zêtes sûr de vouloir dormir dehors ?

Le professeur lui accorda un regard long et un silence pesant plutôt que de se répéter.

  • écoutez, intervint Gadin, je ne sais pas si c’est une bonne idée. Elle n’est pas là. Bonne ou mauvaise nouvelle, ça veut dire qu’on n’a aucune raison de pousser si loin.
  • Vous aviez déjà vu un cratère comme celui-ci ?
  • Jamais, fit le professeur. Je ne suis que rarement venu dans cette partie de la forêt, mais il y a cinq ans, ce n’était pas là.

Il désigna l’horizon du doigt.

  • Peu importe ce qui a fait ça, je veux savoir ce quoi il s’agit. Charline, tu es avec moi ?
  • Ce sont mes instructions, m’sieur, et c’que dit Brondir, je l’fais.
  • Zafran et Gadin, vous rentrez. Et si vous revenez nous chercher, c’est avec une armée, compris ?

Gadin fut facile à convaincre, Zafran un peu moins. Une âpre conversation plus tard, il capitula et s’en repartit avec une mine de six pieds de long. Le retour promettait d’être joyeux.

  • Ne tardez pas, conseilla Gadin, même s’il se sentait très bête de formuler ce genre d’évidence.

N’empêche qu’il le sentait dans ses tripes. C’était ce qu’ils avaient de mieux à faire.

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