Chapitre 18 :

Patchouka s’effondre à mes côtés, ses fils coupés par le marionnettiste qui manipulait son corps. Avec stupeurs, le reste des personnes présentes retrouve l’usage de ses membres et de sa voix.

  • Il est parti ? Questionne Mariette d’une voix hésitante.

Puis elle éclate en sanglot, submergé par une tempête d’émotions qui en submergerait des plus costauds. Sa mère s’empresse de la prendre dans ses bras et Maki se précipite vers sa sœur.

  • Qu’est-ce qu’il lui a fait ? Demande-t-il, éperdu.

Gadin le rassure comme il peut :

  • Il la possédait mais c’est fini.
  • Tu es sûr ?
  • Pour l’instant, cette créature n’est plus un danger.
  • Comment peux-tu en être aussi sûr ?
  • Je le sais parce qu’elle me l’a dit.

A cette réplique, il évita le regard de Maki, lourd d’interrogation, et sortit de la cuisine pour monter à l’étage. Il était au delà de l’épuisement. Prononcer une phrase de plus serait de trop. Arrivé dans sa chambre, Gadin s’effondra sur son lui et plongea instantanément dans un sommeil ressemblant plus au coma.

Demain, on parlerait de Firmin et du tas de poussière qui reposait à sa place.

A son réveil, Patchouka était à ses côtés. Le regard normal et le sourire hésitant, elle regarda Gadin faire le point sur son visage puis se redresser dans son lit.

  • On dirait que ton oreiller ne veut pas te laisser partir.
  • C’est un peu ça, oui.

Des bribes de rêve et de réalité se mélangeaient dans l’esprit de Gadin. Il tenta bien de s’éclaircir l’esprit en se frottant les yeux, mais comme attendu ça ne servit pas à grand chose. Il se sentait toujours comme si une presseuse écraseuse lui était passée dessus.

  • Qu’est-ce qui s’est passé, hier ?

Hier ? Gadin avait dormis tout ce temps ? Laissant de côté son étonnement, le jeune homme reporta toute son attention sur Patchouka. Il était tellement heureux de voir qu’elle avait retrouvé ses esprits qu’il nota à peine son visage fatigué et les cernes qui creusaient ses traits.

  • Je suis désolé de ne pas être resté. L’épuisement… ça m’a terrassé sans que je le vois venir. J’ai à peine eu le temps d’arriver jusqu’à mon lit et puis je me suis effondré.
  • J’ai vu ça. C’était plutôt impressionnant. Impossible de te réveiller ! On a cru que la créature t’avais fait quelque chose. Maki te pensait carrément possédé. Parait que t’avais dit des trucs bizarres avant de partir te coucher.
  • Je vais bien, la rassura Gadin.
  • Je vois ça.

Le demoiselle baissa les yeux vers ses genoux.

  • On m’a raconté ce que j’ai fait hier. Les atrocités que j’ai prononcé et la façon dont j’ai terrorisé tout le monde. Firmin…

Sa voix se brisa.

  • Ce n’était pas toi. C’était cette créature qui rend fou la forêt toute entière et qu’on était parti trouver avec le professeur, Zafran et Charline.

Un autre sujet d’inquiétude. Les épaules de Patchouka s’effondrèrent encore un peu sous le poids de la culpabilité.

  • J’aurais dû être avec eux.
  • Mais tu n’y étais pas.

Gadin marqua une pause avant de reprendre.

  • A-t-on des nouvelles ?

Patchouka fit non de la tête et des larmes perlèrent aux coins de ses yeux.

  • Je suis sûr qu’ils s’en sortent très bien. C’est du professeur et de Charline dont nous parlons. C’est comme la Noiraude, ils survivraient à un cataclysme d’ampleur mondiale. Tu sais quoi ? Je suis même prêt à parier que ma chèvre est quelque part entrain de siroter un cocktail servit par tous ceux qui nous font la vie dure. Peut-être même que cette créature n’est autre que cette bestiole de malheur me faisant payer des années à la traiter de tous les noms, à vouloir la faire passer du bon côté de la barrière et à lui couper la laine qu’elle met tant de persévérance à faire pousser sur son dos !

Il avait réussi à lui faire oublier ses larmes le temps d’une second et c’était tout ce qui comptait pour l’instant. Elle tourna vers lui un sourire, humide, mais un sourire quand même, et lui attrapa la main pour la broyer. Gadin cacha une grimace de douleur derrière une expression compassée.

  • Si tu veux, on les cherche, juste pour être sûr.

Que n’avait-il pas dit ? Les larmes faisaient leur retour, plus abondantes que jamais.

  • J’peux pas ! Explosa-t-il en hoquets convulsifs et douloureux pour elle comme pour Gadin. Je.. ; Je… Je ne… je ne… Je ne vv…. Vvvois, p.. P…

Tout seul, Gadin comprit qu’elle ne voyait plus rien et identifia immédiatement d’où pouvait venir cette toute nouvelle forme de cécité. Par son incursion brutale dans le corps et l’esprit de Patchouka, la créature avait fait des dégâts. Certains visibles et d’autres moins.

  • Là… L’apaisa Gadin. Là… Ce n’est pas grave. Tout va bien. Personne en t’en veut. Après ce que tu as vécu, tu ne peux pas t’attendre à ce que tout redevienne instantanément comme avant. Je sais que c’est perturbant, frustrant, mais tu dois être patiente, d’accord ?

Ne sachant pas quoi dire de plus, Gadin lui tapota l’épaule en signe d’apaisement. Ce qu’il pensait réellement était tout autre. La créature était trop puissante et inconsidérée. Il y avait des chances pour que Patchouka ne soit plus jamais la même. Ce qu’il ne pouvait décemment pas lui dire. En pensant à ce qu’elle avait traversé, le jeune homme ne put empêcher un frisson glacial de le traverser. Puis la question tant redoutée fut posée, à nouveau.

  • Personne n’a su me dire précisément ce qui m’est arrivé mais toi tu le peux, n’est-ce pas ?

Cette question, anodine au premier abord, était prononcée avec ce qu’il fallait de tremblements dans la voix et de supplication dans le regard pour qu’elle ébranle Gadin et manque le faire retourner sous ses couvertures.

Il hoche la tête douloureusement et regarda par la fenêtre, simple meurtrière aménagée entre deux blocs de roche de la profondeur d’un bras. Il ne distinguait qu’un bout de ciel et le sommet d’un arbre, mais resta un long moment à les contempler pensivement.

  • Gadin, insista-t-elle.
  • Je suis désolée, Patchouka. Tu sais comment c’est. Moi-même j’ignore ce que j’ai vécu. Cette créature est plus étrange et… Et terrifiante que tout ce que j’ai vu auparavant. Tu te souviens qu’on l’a vu au cœur de la forêt ? Elle puisait dans l’énergie des arbres pour creuser le sol à la recherche de plus d’énergie et de métaux.
  • C’est plutôt flou… Je me souviens des arbres connectés entre eux, des vibrations qui les parcouraient. Puis je suis remontée jusqu’à la source et je l’ai vu. J’ai prévenu Brondir, c’est ça ? Impossible de me rappeler ce qu’il s’est passé ensuite.

Les morceaux commençaient à se recoller. Peu de temps après qu’ils l’aient repéré, la créature avait quitté son nid pour les rejoindre et empoisonner l’esprit de la jeune fille.

  • Je ne suis pas sûr. La créature a dû sentir notre présence et nous suivre jusqu’à la tour. Là, elle a attendu, oeuvrée en silence toute la nuit et le matin avec. Elle a veillé sur ton esprit et guetté son heure. Quand elle a été prête, elle a prit possession de ton corps pour parler à travers ta bouche, voir à travers tes yeux et entendre à travers tes oreilles. Je n’étais pas là, j’étais parti faire l’éclaireur en forêt. Mais quand je suis revenu, c’est là que j’ai pu parler à la créature.
  • Tu lui as parlé ? Mais qu’est-ce qu’elle voulait ? Tu lui as demandé ?
  • J’ai surtout fait tout ce que j’ai pu pour…

Ne pas mourir ? Vomir ? Crier ? Se pisser dessus ? La liste était longue mais Gadin décida d’en rester à un récit succinct.

  • Pour l’éloigner de chez nous, poursuivit-il.
  • Et il t’a écouté ?
  • Je ne dirais pas ça… Disons qu’il nous a laissé un délai.

Un vent d’effroi traversa la chambre.

  • tu veux dire que… ça va revenir ?

Gadin hocha la tête avec résignation :

  • Et ce sera plus décidé que jamais.

Prit à la gorge par ces aveux, Patchouka se leva et marcha à travers la pièce sans trouver d’échappatoire.

  • Il faut le dire à Brondir. Lui saura quoi faire. Tu peux te lever ? Je t’aiderai à monter les escaliers. Il est de garde en haut de la tour.
  • M’aider ? Tu n’as pas l’air en bien meilleure forme que moi.

Patchouka haussa les épaules, se moquant de ses objections. Impossible de dire ce qui la faisait avancer mais elle avançait et c’était tout ce qui comptait pour l’heure.

  • Met dont un pantalon et on en reparlera la belle aux bois dormants, coupa-t-elle.

Au sommet de la tour, les escaliers donnaient au centre d’une plate-forme ouverte dans toutes les directions et protégées de créneaux à hauteur d’homme. Emmitouflé dans une couverture, Brondir gardait un œil sur l’horizon.

S’il fut heureux de voir les deux jeunes gens debout et en forme apparente, il n’en fit rien savoir, le front soucieux et les rides incrustées dans la peau de son visage.

  • Toujours rien ? Questionna Patchouka.
  • Non.

Il hocha la tête à l’intention de Gadin mais ne fit aucune remarque.

  • Je vais mieux, se sentit obligé de préciser le berger.
  • Bien. Très bien. On a besoin de bonnes nouvelles, répondit l’homme distraitement.

Patchouka poussa Gadin de l’avant :

  • Brondir, Gadin a quelque chose à te dire.
  • La créature… Elle va revenir.

Le vieil homme ne réagit pas, comme imperméable à ce que disait Gadin.

  • Elle est partie mais à la seule condition qu’on cherche ses frères. Sur le moment, je n’ai pensé qu’à l’éloigner et j’ai accepté son marcher, mais la vérité c’est que je n’ai toujours aucune idée de ce qu’elle cherche exactement. Il faut qu’on trouve avant qu’elle revienne sans ça elle nous tuera tous.

Brondir ne semblait toujours pas l’écouter.

  • Enfin, c’est ce qu’elle a dit… Conclue Gadin en regardant Patchouka avec des points d’interrogation dans les sourcils. Vous, vous avez une idée de ce dont elle parlait ? D’où on pourrait chercher ses frères ?
  • J’ai eu le temps de réfléchir depuis le passage de l’entité. La disparition du professeur et de Charline, la possession de Patchouka et…. La mort de Firmin… Nous ne sommes clairement pas de taille. Cette chose est trop puissante et nous sommes affaiblis. Nous allons battre en retraite.

Gadin recula face à la marée des sentiments de cet homme. Sa tristesse débordait de lui et manqua tout balayer sur son passage, de justesse le berger l’évita.

  • J’ai peut être une idée, insista Gadin. Le professeur parlait souvent des Marcheurs de vent et de leurs pouvoirs. Il disait qu’ils pouvait voler, et manipuler la terre et brandir le feu et tout un tas de choses extraordinaires. Les victorieux ont des informations à leur sujet. On devrait commencer par là, chercher dans les livres du professeur toutes les informations sur les Marcheurs de vent. Je suis sûr qu’ils ont un frère et que c’est cette créature.
  • Les Marcheurs de vent sont une légende, un culte. Rien d’autre, gamin.

Cette fois-ci, Brondir lui tourna le dos et mit fin clairement au dialogue.

  • bientôt tu pourras rentrée chez toi et reprendre une activité normale. Je sais que c’est ton vœux le plus cher. Bientôt. En attendant, repose-toi. Nous partons demain à l’aube.

Patchouka lui faisant comprendre de ne pas insister, Gadin s’en repartit, le dos courbé par l’échec. Il ouvrait la trappe menant à l’escalier quand un dernier conseil lui fut adressé :

  • Et ne va pas mettre des idées saugrenues dans la tête des garçons. Ils n’ont pas besoin de ça.

Il restait de nombreuses heures avant le coucher du soleil. Gadin savait comment les mettre à profit. Sans repasser par sa chambre ni enfiler un pull, il se rendit dans le salon. La pièce tenait lieu de bureau pour le professeur. S’y trouvaient ses livres et ses notes, prises avec soin dans des carnets. Le plus récent était recouvert d’une couverture de cuire. Il devait l’avoir sur lui en ce moment même. Les autres étaient alignés et remplissaient une étagère complète de la bibliothèque. Le reste était aussi bien rempli.

  • L’avantage, c’est qu’on n’a plus à s’inquiéter des animaux ni des plantes.
  • Calme plat…

Les deux femmes n’avaient pas l’air détendues pour autant. Contre la porte, Carima cachait difficilement ses larmes, épuisée d’en avoir trop versées.

Elles prirent quelques secondes pour s’accorder tout le soutien qu’elles pouvaient. Gadin, pendant ce temps, se dit qu’il n’avait pas besoin de réconfort, étrangement. Mais d’action. Il devait montrer à Brondir qu’il avait raison. Une certitude qu’il tenait d’un rêve et des mots prononcés par cette femme. Il était l’élu. Ou quelque chose du genre.

Gadin savait bien qu’il n’était pas un héros. Mais ça ne l’empêchait pas de pouvoir à sa façon, apporter sa contribution à la survie du groupe. Il trouverait qui étaient ces fameux Marcheurs de vent. Non pas pour la satisfaction d’avoir raison, mais bien pour celle de rester vivant.

Tant que cette créature était dans le coin, leurs vies étaient en sursit.

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