La nuit de feu – Partie 3

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Sa soeur l’avait abandonnée depuis longtemps, partie danser autour du feu ou “goûter au caramel” comme elle disait. Saly ne lui en voulait pas, elle avait ce qu’il fallait de vin d’alette dans le gosier pour ne ressentir qu’amour et félicité. Un sourire ancré sur les lèvres, elle se reposait les pieds, assise sur une souche, tandis que la fête battait son plein. La clairière accueillait un immense brasier et suffisamment de lampions pour repousser la nuit derrière la limite des arbres qui l’entouraient. Dans les fourrés, un monde de bruissements et de cris indéfinissables s’agitait. Hors de vue, une ombre se coula entre les arbres et un grondement sourd s’ajouta au son du vent. Saly se retourna brusquement. Dans un clignement d’oeil, l’impression passa comme elle était venue, mais la jeune femme resta quelques secondes à observer les ténèbres avant de se reprendre. Revenue face à la fête, un frisson lui parcourut l’échine qu’elle repoussa avec force. Hors de question de s’inquiéter pour rien. Ce soir, Saly s’amuserait et rien d’autre ! avait-elle décidé.

Les nomades, aussi insaisissables qu’ils soient, l’avaient accueillie sans discuter. À boire et à manger entre les mains, elle avait regretté de n’avoir rien apporté. Avec le jambon et les bouteilles qui dormaient dans le débarras de la taverne, elle se serait sentie moins opportuniste. Mais ces considérations se trouvaient derrière elle. Plongée dans un bien-être sans fond, la jeune femme regardait les personnes se restaurer, rire, danser autour d’elle, détaillant chacune de leurs attitudes pour s’en imprégner. Que n’aurait-elle donné pour voir leurs visages ! Mais ils se cachaient derrière d’étranges parures. Tous, sauf elle et Mina.

— Tu n’as pas de masque ? s’étonna une voix.

Iroë. Seul. Le coeur de Saly bondit en le reconnaissant. Non, fit-elle de la tête. Le jeune homme portait un ensemble de feuilles, d’herbes et de plumes qui lui recouvrait tout le haut du visage. Ses yeux bleus perçaient au milieu de cet arrangement chaotique pour se planter droit dans son âme.

— C’est la tradition durant la nuit de feu.

Il souriait d’un air tranquille et confiant.

— Je peux t’en faire un si tu veux, assura-t-il en désignant un banc à l’écart de la fête recouvert de bric et de broc. On prévoit toujours du matériel supplémentaire et il te faut un ramage à la hauteur de ton profil. Est-ce qu’on t’a déjà dit que tu avais un nez d’aigle ?

Gênée, Saly y porta les doigts et en dessina la courbe. Le nez d’une sorcière lui avait-on répété toute sa vie. Elle secoua la tête, toujours incapable de parler.

— Force et clairvoyance, approuva Iroë. Je sais ce qu’il te faut.

La jeune femme hésita à saisir la main qu’il lui tendait. Des années d’éducation résonnaient dans son esprit. Voleurs, tricheurs, flagorneurs, … Mais que possédait-elle qu’on puisse lui dérober ? Ses chaussures ne valaient rien ni la robe qu’elle portait.

— Dans ce cas…

Pourvu que sa voix ni sa main ne tremblent, s’enjoignit-elle en accrochant le bleu de son regard.

— Il faudra m’expliquer cette étrange tradition.

Encore sous l’emprise de sa raison, qui lui criait de rester à sa place, elle baissa le visage et regarda l’homme à travers le couvert de ses cils. Quand ce dernier exécuta une charmante révérence, lui promettant d’accéder à chacune de ses requêtes, ce qui incluait de décrocher la lune, elle n’hésita plus et glissa sa main dans la sienne. Chaleur, torpeur, le monde se mit à danser tout autour d’elle.

— Tu es venue seule ?

— Avec ma soeur, se reprit-elle.

Entourée d’un cercle d’admirateurs, Mina ne manqua pas d’envoyer un clin d’oeil à Saly. Cette dernière lui répondit par un froncement de sourcils, le teint virant au cramoisi.

— Et ton père ?

Il savait donc qui elle était. Plus intimidée que jamais, elle fit non de la tête puis se reprit, refusant de passer pour une cruche :

— Il n’est pas très commode, n’est-ce pas ?

Iroë fit une moue mitigée avant de partir d’un rire franc qui mit des éclats hypnotiques dans ses yeux.

— Nous, les nomades, ne sommes pas rancuniers. Surtout avec ceux qui ont une jolie fille.

 

To be continued…

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