La nuit de feu – Partie 4

5-11-12-md-ff-ramblewood-friday-065

Partie 1Partie 2Partie 3

À gestes doux, Iroë composait un masque de plumes et de feuilles autour du visage de la jeune femme. Les yeux tantôt ouverts tantôt fermés, Saly bouillait de dévorer ses lèvres, offertes comme des fruits gorgés de sucre à son âme affamée. Concentré sur son ouvrage, le nomade parlait de ces terres lointaines qu’il avait parcourues et dont Saly n’avait pas idée. Des créatures hybrides, ses doigts sur son visage, des paysages grandioses, la chaleur qui irradiait entre leurs corps… L’ivresse venait-elle du vin ou de sa voix aux accents exotiques ? Tendue à se rompre, la jeune femme n’en revenait pas de ce qu’il provoquait en elle.

— Et toi ? Que vois-tu de ta fenêtre ? lui demanda-t-il soudainement.

— Moi ? Rien …

— Rien ?!

Il désigna la ville d’un geste vif.

— Tu vis dans la plus grande cité que les hommes aient jamais construite !

En quelques secondes, Saly passa de la stupeur, à la vexation puis une pensée fit jour dans son esprit qu’elle creusa consciencieusement. Lui s’amusait de ce livre ouvert entre ses mains.

— C’est vrai, conclue-t-elle.

Et sans attendre, elle raconta ce qu’il fallait pour tenir son auditeur en haleine. Comment le brasseur qui fournissait la taverne avait perdu sa jambe entre les crocs d’un hypodragon, à quelle hauteur les marcheurs de vent volaient en revenant des pierres hautes, de quelle façon la Gran’place s’éveillait chaque soir, avec le cercle de danse et le théâtre d’ombre.

Iroë avait fini son ouvrage depuis longtemps quand le silence retomba entre eux. Avec un sourire ravi, Saly s’en rendit compte et explora la surface de son masque. D’une courbe qui partait de la pointe de son nez et remontait le long de son front, il finissait en une explosion de plumes et de feuilles à l’arrière de son crâne. Le nomade l’avait couronnée tel un aigle royal. Force et clairvoyance, avait-il dit. Jamais elle ne s’était sentie aussi vulnérable et belle à la fois. Ne sachant comment le remercier, elle s’extasiait en silence.

— J’ai envie de t’embrasser, l’interrompit Iroë qui ne la quittait plus des yeux.

Dans leur bleu profond brûlait une flamme de désir qui conférait à l’ensemble une attraction irrésistible. Consciente du pouvoir qu’il avait sur elle, Saly s’y arracha à grand-peine pour chercher Mina dans la foule rassemblée près du feu. Elle ne le trouva nulle part, mais était-ce important ? Lentement, ses mains quittèrent le masque pour se poser sur ses genoux et son regard revint sur l’objet de son attraction. Sur le visage d’Iroë, ombres et lumières dessinaient un portrait envoûtant. Impossible de lui résister.

— Et qu’est-ce qui te retient ? souffla-t-elle.

Le nomade affichait une expression pensive qui dissimulait à peine ses intentions taquines. Du bout des doigts, il effleura la main de la jeune femme, comme ignorant de la tempête qu’il provoquait à ce simple contact. Bouleversée par l’afflux d’émotions, Saly ferma les yeux.

— C’est parce que je suis de la ville ? s’inquiéta-t-elle.

— Peut-être. Sûrement.

Lui aussi tremblait, cherchant à s’exprimer mais n’y parvenant qu’à moitié. Comment expliquer qu’il n’avait jamais eu à faire le premier pas ? Que les femmes nomades prenaient toujours les devants ? Et qu’il sentait comme une barrière invisible l’éloigner de ces lèvres tant désirées ?

— Tu es tellement différente ! s’exclama-t-il finalement.

Et la jeune femme su que c’était une bonne chose. Guidée par une force indicible, elle se pencha pour capter la chaleur de son être. Là, les flagrances du jeune hommes la frappèrent de plein fouet, entre l’herbe fraîchement coupée et le bois de cèdre. Maintenant, elle comprenait mieux les paroles de Mina. Si elle l’avait pu, c’était tout entier qu’elle l’aurait croqué. Délicieusement, la main du nomade lui remontait le long du poignet puis du coude. Arrivée à son épaule, le contact se déplaça vers sa gorge avant de s’arrêter brusquement.

— Tu as entendu ?

— Quoi ?

Une jambe passée sous la fesse, pour trouver une meilleure position, Saly se souleva et posa une main sur la cuisse du jeune homme. Plus, elle voulait plus.

— On aurait dit un rapace qui s’envole d’une branche. Là, dans le sous-bois.

Iroë affichait une expression soucieuse qui le rendait d’autant plus attirant.

— C’était sûrement un rapace. Ce ne serait pas étonnant, si ?

Il lui fit un sourire incertain et hocha la tête.

— Tu crois que …

— Non, la coupa-t-il, tu as sûrement raison.

Le sujet écarté, ils se tenaient à quelques centimètres seulement l’un de l’autre. Comme surprise en plein forfait, Saly rougit et baissa les yeux le temps de se recomposer un sourire conquis. Puis, légère comme un oiseau, délicatement, elle vint déposer un baiser sur les lèvres d’Iroë. Ses craintes apaisées, il l’attira contre lui.

 

To be continued…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s